Préparer votre vélo

Pourquoi préparer votre vélo
Pour la fiabilité
Quel que soit l’usage que vous faites de votre vélo, vous voulez forcément qu’il soit fiable.
Puisque le but du vélo, c’est de vous entraîner, vous ne voulez évidemment pas perdre de temps à le réparer en route. Alors ne laissez pas le hasard décider de la façon dont votre vélo se comportera lors de votre prochaine sortie.
Il n’y a rien de plus décevant et frustrant que de se préparer, puis d’aller chercher son vélo et de découvrir qu’il est à plat ! Estimez-vous heureux si ça arrive avant de prendre la route ! Mais que se passerait-il si la crevaison survenait à 90 km de chez vous ? Pourriez-vous compter uniquement sur un ami disponible pour venir vous chercher ? Une crevaison, c’est en partie le hasard, en partie la trajectoire choisie (trop près du bord de la route par exemple, ou un moment d’inattention), et… la préparation du vélo. Votre pneu avait peut-être déjà des points faibles, et il suffisait d’un caillou pointu pour le percer ? Sur 50 000 tours de roue pendant une sortie, on imagine sans peine qu’un minuscule caillou ou un bout de métal finisse par se loger dans ce trou à un moment donné.
Autre défaut courant : la plage complète des vitesses. Tant de vélos ont des butées mal réglées, ce qui rend le passage de la plus petite ou de la plus grande vitesse aléatoire, difficile, parfois impossible. Imaginez-vous dans une pente à 12 % : vous attaquez sur la deuxième, passez vite sur la première pour garder une vitesse correcte, mais votre dérailleur arrière refuse tout simplement de coopérer pour ce dernier passage…
Les pneus et le passage des vitesses définiront l’essentiel des points de contrôle de fiabilité.
Pour la sécurité
À moins de ne rouler que sur piste, vous partagerez la route. Avec des voitures, des camions, des bus, des motos, d’autres vélos ; les piétons, enfants et poussettes compris, ne seront jamais très loin de votre trajectoire. Vous la partagerez aussi avec les infrastructures. Des poteaux froids, durs et impitoyables, des arbres, des bancs, des abribus, des bordures, des clôtures, du mobilier urbain, etc. Comme disait mon moniteur de moto : « Quoi qu’il arrive, évite les chocs à tout prix. » La proximité entre vous, lancé à grande vitesse, et ces obstacles fixes ou mobiles, plus ou moins conscients de votre présence, ne vous laisse pas d’autre choix que de rester sur vos roues. Les autres usagers pourraient vous blesser gravement, voire vous tuer, si vous chutez sur une route fréquentée avec des voitures ou des camions trop près de vous. Maîtriser votre direction commence par la fiabilité du guidon, des pédales et des pneus.

De la même façon que les mécaniciens préparent un avion avant un vol, un cycliste doit préparer son vélo pour qu’il réponde correctement et en douceur aux diverses sollicitations : freiner, accélérer, changer de vitesse, franchir des voies ferrées, prendre des virages serrés, rouler à grande vitesse, encaisser les contraintes quand vous êtes en danseuse. Ces situations dicteront les points de contrôle de sécurité.
Pour la performance
Certains problèmes moins aléatoires, comme des changements de vitesse pas fluides, un frottement important entre une pièce en rotation et une pièce fixe, des patins de frein qui touchent la jante, désolé, mais j’ose le dire… sont entièrement de votre faute. Tout cela est parfaitement prévisible, et c’est typiquement ce qui peut vous remplir la tête de stress pendant ce moment sacré qu’est votre (longue) sortie.
En écrivant ces lignes, je jette un œil par la fenêtre et je me rends compte que tout le monde n’a pas besoin de passer du temps à préparer son vélo. En France, il est plus courant qu’en Australie de voir des gens de tous âges et de tous milieux rouler à vélo en ville. C’est encore plus courant dans les pays d’Europe du Nord et de l’Est. Pour ce type d’usage quotidien, il suffit d’une fiabilité approximative, avec au moins deux pneus « plus ou moins » gonflés. Mais ce niveau d’exigence vous satisferait-il, en cycliste plus sérieux ? Pensez aux triathlètes, dont un sur deux donne un dernier coup de pompe à pied dans ses pneus juste avant de rejoindre la plage pour le départ. C’est parce qu’ils visent, comme vous et moi, l’excellence de la performance, et tolèrent donc moins les incidents et les erreurs dus au hasard.
Pour une raison ou une autre, en cyclistes sportifs, nous voulons tous aller le plus vite possible pour un effort donné. Ne me demandez pas pourquoi. Après tout, toute l’énergie que nous mettons à combattre les frottements fait aussi partie de l’entraînement ! C’est du travail !
Pour convertir le maximum de votre énergie musculaire en action mécanique utile, il faut réduire les frottements entre les pièces en rotation. Cette conclusion définira les points de contrôle de performance.
Pour le look
Quand vous avez vu votre vélo avant de l’acheter, disons en magasin, je suis sûr qu’il vous a attiré parce qu’il était tout brillant, propre et sexy, avouons-le ! Si c’était un vélo ou un cadre d’occasion, vous auriez aimé qu’il soit propre, et pas couvert de boue au moment de le récupérer, non ? Alors pourquoi ne pas le garder sexy, pour le plaisir des yeux ? De plus, le garder propre vous permet de voir chaque centimètre de votre cadre et de votre mécanique, et donc de vérifier que tout est en place, correctement serré et réglé comme il se doit.
Marche à suivre
Les tâches en attente
D’abord, réparez ce qui n’allait pas lors de votre dernière sortie avant de repartir.
C’est évidemment pendant votre sortie que vous repérerez ce qui ne va pas. Juste après la sortie, c’est le meilleur moment pour noter la liste des choses à faire, par écrit, et rarement le meilleur moment pour s’en occuper. Donc, chaque fois que vous entretenez votre vélo, prenez votre liste et traitez d’abord les points les plus importants.
Points de contrôle de fiabilité
Pression des pneus
La pression recommandée est indiquée sur le flanc de vos pneus. Plus vous les gonflez, moins ils sont en contact avec la route, donc moins ils frottent en roulant, et moins vous avez besoin d’énergie pour prendre de la vitesse.Même si vos pneus tolèrent une pression bien supérieure à celle indiquée dans leurs caractéristiques, nous vous recommandons de respecter la valeur maximale, en gardant à l’esprit qu’ils peuvent encore gonfler avec la chaleur de la route au contact, le soleil qu’ils reçoivent, sachant que la bande de roulement noire transmet encore plus de chaleur, et éventuellement la température dans votre voiture si vous transportez votre vélo avant ou après la sortie, surtout l’été.
Pour aller plus loin : comment déterminer la pression dont vous avez besoin ? 
Appliqué aux pneus, cela signifie qu’un pneu a besoin d’une pression égale au poids qu’il doit porter (son propre poids compris), divisé par la surface que vous jugez suffisante pour créer de l’adhérence sur le type de revêtement que vous comptez emprunter.
On admet couramment que, pour les pneus de compétition qu’on trouve habituellement dans le commerce, 5 cm2 par pneu est un minimum à respecter pour rouler sur un bitume sec et lisse. Si vous comptez rouler sur route mouillée, ou sur des gravillons (ce que nous éviterons pendant un séjour…), visez une surface de contact plus grande.
Cela posé, vous pouvez maintenant déterminer la pression dont vos pneus ont besoin. Elle vaut P = F / S, où F est le poids que porte chaque pneu, soit environ la moitié de votre poids de cycliste prêt à partir + celui de votre vélo prêt à partir (bidons pleins, sacoche, etc. compris).
Pour simplifier les calculs, exprimez tous les poids en kilogrammes (kg).
Par ex. moi : 81,6 kg + tous mes vêtements, chaussures comprises, 2,5 kg, + vélo prêt à partir : 8,6 kg, + nourriture + boissons : 1 kg = 93,7 kg, soit environ 46,9 kg par pneu.
La surface par pneu que je choisis est de 5,8 cm2, car je ne suis pas à l’aise en restant à la limite basse.
La pression à laquelle je dois gonfler chaque pneu est donc : P = F / S = 8,1 kg/cm2 (~7,9 bars).
Remarque importante : avec cette formule, utilisez toujours des unités cohérentes, soit des livres et des pouces carrés, soit des kilogrammes et des centimètres carrés, sinon vous obtiendrez des résultats étranges.
Remarque : si votre pompe affiche la pression en bars, sachez qu’un bar ne correspond pas exactement à 1 kg par centimètre carré, mais à environ 1 % de plus. Je n’expliquerai pas pourquoi ici, contactez-moi si vous voulez le savoir.
Réglage des dérailleurs
Vérifiez que toute la plage des vitesses s’obtient facilement. Pendant le test, n’oubliez pas qu’il ne faut pas croiser la chaîne, c’est-à-dire dépasser un certain angle, par exemple avec la chaîne trop à droite à l’avant et trop à gauche à l’arrière (grand plateau avec un grand pignon sur la cassette).
Les vis de butée, généralement marquées L et H, pour Low et High, déterminent jusqu’où vos dérailleurs peuvent aller à gauche et à droite. Réglez-les en gardant en permanence une tension suffisante dans les câbles de dérailleur… Lisez la documentation de votre groupe pour savoir comment les régler au mieux.
Il faut un peu de pratique pour obtenir un réglage parfait.
Points de contrôle de sécurité
Répondre correctement et en douceur aux diverses sollicitations : freiner, accélérer, changer de vitesse, franchir des voies ferrées, prendre des virages serrés, rouler vite, encaisser les contraintes quand vous êtes en danseusePoints de contrôle de performance
Vérifiez l’état de lubrification des cinq principaux points de frottement, pour éviter qu’une partie de l’énergie produite par vos jambes ne parte honteusement dans les limbes, c’est-à-dire à combattre les frottements au lieu de faire avancer le vélo.
Où sont les principaux points de frottement ? Suivons la chaîne :
- Axes de pédales : gardez les pivots propres, sans sable, et graissés
- Axe de pédalier : même nettoyage que pour les axes de pédales
- Plateaux et chaîne : toutes les quelques centaines de km, nettoyez au pétrole avec une brosse, séchez avec de l’essuie-tout, et lubrifiez chaque maillon à l’huile de chaîne en faisant tourner le pédalier.
- Roues sur leurs axes : défaites les blocages rapides, vaporisez de l’huile dans les alésages et graissez les axes (pas avec de l’huile)
- Pneus sur la route : gonflez à la bonne pression (voir #167;Pression des pneus ci-dessus)
Il existe des zones de frottement secondaires, qui n’interviennent pas dans le roulement, mais seulement à l’usage : les câbles de dérailleur et de frein. Au montage, graissez-les sur toute leur longueur pour qu’ils coulissent bien dans leurs gaines.
Points de contrôle esthétiques
- Ruban de guidon : changez-le tous les 2000 km
- Propreté du cadre : lavez à l’eau chaude savonneuse (une station de lavage, ça marche). Évitez de remplir vos bidons de soda : il coule jusqu’au boîtier de pédalier et laisse de vilaines traces collantes. Transportez le soda dans de petites bouteilles en plastique de 25 cl, dans votre banane ou vos poches arrière.
- Jantes et rayons : lavez à l’eau alcoolisée, comme un nettoyant pour vitres.
- Groupe : pétrole pour la chaîne, eau savonneuse ou nettoyant pour vitres pour les pièces métalliques.
N’utilisez pas trop souvent les stations de lavage ou les nettoyeurs haute pression, car l’eau peut pénétrer dans des pièces qui doivent rester huilées. Nettoyer la chaîne au haute pression, ça va, puisque vous la lubrifierez soigneusement ensuite. Après le lavage, pensez à retirer l’excès d’eau avec de l’essuie-tout.
Les mécanos des équipes du Tour de France utilisent de l’eau savonneuse projetée au nettoyeur haute pression chaque soir après chaque étape.
Ils livrent le lendemain matin un vélo impeccable au professionnel qui va l’utiliser, après avoir traité l’éventuelle liste de réparations que le coureur leur a laissée oralement.


